mardi 1 mai 2012

Prologue des Tigres

Prologue

De Tigre Vert...

       NDLA: Par souci de lecture, j'ai remis les Carnets dans l'ordre chronologique de lecture.
Bonjour à vous qui m'avez suivi et encouragé lors des mes deux précédents voyages en 2010 et 2011 à travers le Vietnam et le Cambodge. Entre Hanoï et Battambang. Entre "Lucie Verpeuton" (Spectacle à Hoi An) et "Punlu Dong Chet"(Lucie en Khmer, atelier spectacle de l'école de cirque PHARE)

Ce nouveau Blog est conçu comme un carnet de voyage, un journal de bord que soigneusement je rédigerai et j'espère que mes messages ne se cantonneront pas à mes proches ou mes connaissances mais pourront séduire les aventuriers des récits. J'ai le plaisir des mots, l'envie de partager les émotions et les rencontres.

La moitié de mon séjour est consacré aux spectacles, aux rencontres, à l'écriture, l'autre temps c'est en pédalant et visitant. Ferai-je mieux que 2000 km ? Une bagatelle pour ceux et celles qui font le tour du monde. Je me limiterai à enrichir le mien... Les voyages d'aventures n'égaleront jamais mes rêves mais ils contribuent sans cesse à me les faire croire possibles.

... à Tigre Bleu.

Premier Coup de pédale : le 24 janvier depuis Hanoï.


Une mise en bouche avant de partir à la découverte du Laos. Au programme:


1) Un Viet Nam plus clément que l'an passé entre Hanoï et Hoï An. Normalement, si tout va côté météo, sans la capuche du poncho et la pluie battante, je devrai enfin apprécier le paysage.

A bientôt pour cette nouvelle aventure sur Tigre... Bleu.
Mon Blog précédent ( www.pyerrot-asia.blogspot.com) s'arrêtait par un Tableau d'Honneur, remis par France Bleue.

C'est déjà du passé. Loin de m'en satisfaire bien que cela fasse plaisir évidemment, je pars à la visite du quatrième pays d'Indochine: Le Laos. Un nouveau voyage à vélo, en solitaire, avec en sacoche un spectacle : "Passage" (visuel en haut à droite)
video

2) Fêter Le Têt dans la famille de Jean Cabane, le peintre et la célèbre cuisinière Hoa.

3) Jouer dans un Cabaret la Première Officielle de mon spectacle visuel "Passage"

Puisque sa Majesté Dragon est célébrée cette année indochinoise, Tigre Vert deviendra par magie Tigre Bleu, moins pour le camouflage que pour marquer un nouveau périple, le derrière sur ma selle et les yeux vers le ciel.


L'objectif de ce voyage reste artistique : des contes à déplanter et des spectacles à cueillir, des chansons à dépoter et... des chiens sauvages à semer.

lundi 30 avril 2012

Carnet 1 - Passage au Vietnam

Première étape: 02-02-2012 07h50
Hanoi-Hoi An : 1178.25 km, entre le 27 janvier et le 3 février.

Bonjour à vous, que j'ai fait patienter durant 15 jours. Voici le Premier carnet de mon périple entre Vietnam, Laos, Thaïland et Cambodge...

Et pour ceux et celles qui préfèrent la video à la lecture, un résumé en cliquant sur ce lien:

http://youtu.be/GBeFEpnIZf0

(Sur une chanson de Train Des Gens, avec le grand chevelu Laurent Chieze et la Moumoute en lapin Julia Hoffmann, la mise en scène de Dominique Lambert, à la Lumière et le son: Nicolas Bedois, spectacle qui sera joué à Anglet le samedi 15 avril, aux Ecuries de Baroja. Mes Pensées asiatiques à toute l'équipe d'ailleurs.)

Carnet 1 - Passage au Vietnam

Hanoi : capitale du Vietnam – superficie : 2 139 km².
Le nom de la ville se traduit par : "cité à l'intérieur du fleuve"

Ha = fleuve, Noi = en deçà) puisque la ville est bâtie entre deux méandres du Fleuve Rouge. Cette appellation officielle date de 1831.
Aéroport/ Centre ville d’Hanoi (30 km)
Hanoi – Ninh Binh : 95 km
Ninh Binh - Thanh Hoa : 60 km
Than Hoa – Vinh : 140 km
Vinh- vers Hué: 160 km



Plus bleu que le…
15°, vent léger, un crachin par intermittence mais aucune averse. Bonne condition générale pour pédaler.
Lundi 23 janvier. Entre le départ de la place Stanislas de Nancy et l’arrivée dans le centre d’Hanoi, je tiens entre les mains un Tigre Bleu tout propret et je porte des chaussures neuves assorties à mon félin pneumatique. Les deux sacoches accrochées au porte-bagages resteront près de moi dans l’avion. L’une contient mes affaires personnelles : autant dire le minimum ; dans la seconde se logent mes affaires de spectacle, une tenue noir et blanc, un chapeau rempli de « petits secrets » inculqués par le maître d’effets alias Figaro. Avant mon départ, j’ai eu droit à quelques séances de magie efficace.

Mardi 24 janvier. Atterrissage après 18 heures de vol, j’arrive enfin à Hanoi où je libère mon Tigre de son film plastique rouge. En deux temps trois mouvements, je place les deux roues, je remonte la selle, je me bats avec la chaîne qui s’est emberlificotée. Comment une double boucle est-elle possible ? Logique : en tournant autour de l’axe des vitesses, la chaîne dessine un huit. Si j’ai les mains pleines de graisse et d’huile, le vélo fonctionne. Il ne me reste plus qu’à gonfler les pneus… Ma pompe ? Sueur froide dans le hall de l’aéroport désert. Je l’ai oubliée, aucun souci. Le garage situé à 2 km me dépanne. Mes pneus sortent de l’apnée, ils respirent de nouveau. Je leur ressemble : je suis gonflé à bloc. Prêt ? Viet Nam, Laos. 3 000 km (?) :

le voyage commence.

Hanoi : tigre et dragon
Selon la légende inscrite dans mon dictionnaire cyclopédique :Un jeune pêcheur attrape en mer dans ses filets une lame d’épée sans manche qui porte gravée l’inscription » Selon la volonté du Ciel ». Il l’offre au fils d’un très riche personnage qui, après des recherches, retrouve le manche de la lame. L’épée ainsi reconstituée servira pendant une dizaine d’années à ce notable dans la guerre contre les envahisseurs. Mais dès la fin de la guerre, de son petit bateau il voit soudain émerger une tortue géante du fond de l’eau. Terrifié, le roi dégaine son épée, la brandit mais la tortue, très rapide et sans le blesser, la lui arrache des mains avec son bec puis disparaît pour l’éternité dans les profondeurs du lac. Lac Hoan Kiem porte le nom de cette légende : Le Lac de L'Epée restituée. Il y a quelques années, une énorme carapace de tortue abîmée par un coup d’épée a été repêchée. L’emblème de Hanoi : la petite pagode de la Tortue sur un îlot


Sur mon Tigre, j’entame les premiers 30 km pour gagner mon coin préféré de la capitale : à l’Est, le lac de Hoan Kiem. Je me poserai deux jours à Hanoi pour prendre le pouls de la ville et mettre mon estomac au régime asiatique. Soupe, nouilles, riz, légumes n’ont jamais été pour me déplaire. Après avoir déposé mes affaires dans un hôtel convenable avec eau chaude, wifi et clim. (détail important dans un pays humide), je sors pour m’imprégner de la fête du Têt. Le Têt, fête du nouvel an, mêle à la fois vivacité et sérénité. Les lampions multicolores qui bordent le lac éclairent la foule qui se promène le long de l’esplanade ; autour, sortis de je ne sais quelle ruche, les scooters se déversent sur les larges boulevards, vrombissent et zigzaguent entre les voitures ; un peu plus loin, les marchands d’énormes baudruches résistent au vent et se rivent au trottoir de peur de s’envoler; au-dessus de l’eau, à travers une fine brume, un cortège traditionnel s’avance sur le pont rouge illuminé qui mène à l’îlot sacré. Les danseurs et musiciens disparaissent comme un songe derrière les arbres. J’ai franchi le pont et je me suis mêlé aux visiteurs venus en grand nombre défiler devant la statue d’une énorme tortue à laquelle ils font diverses offrandes.
C’est l’année du dragon et l’histoire d’Hanoi est liée à l’animal fabuleux. Et l’une des meilleures représentations qui entretient ce mythe est le spectacle de marionnettes sur l’eau. Imaginez une scène « liquide » sous laquelle les manipulateurs viennent se placer et donnent vie à une succession de tableaux, évoquant les symboles de la vie vietnamienne : les rizières, le poisson, la pêche, les esprits des eaux, des forêts (champignons). Enfin apparaît le Dieu Dragon qui achève ce récit, mis en chant et musique par un orchestre. C’est évidemment un spectacle très… fluide, joué plusieurs fois par jour, mais la technique sous-marine de marionnettes n’en reste pas moins ingénieuse. De plus, la mise en scène colorée est « gorgée » d’humour, de passages cocasses et poétiques. Un très bon moment dans la ville en tumulte. Schuky peut passer son chemin…

Et à propos d’eau !
Direction de Hoï An. Escale à Vinh Binh
Le fait physique que notre peau se ramollisse sous l’effet de l’eau tient davantage à la survie qu'à un souvenir génétique à partager avec nos cousins batraciens. En effet, une peau élargie au bout des doigts et un corps frippé nous permettrait d'échapper à la noyade (d'après Science et vie) . Mais si j’ai les yeux bridés, le teint jauni et les mains palmées, cela tient plus à la pluie qui s'abat depuis mon départ d'Hanoi qu'à une volonté de me fondre dans le monde asiatique. A la fin des 92 kilomètres d’entrée en matière pour ce périple, c’est un Tigre marron que je gare et des chaussures "croûtées de terre" qui posent le pied. Les pluies ont rendu les routes boueuses.

Pour avoir effectué en 2011 une première traversée du Nord (Hanoi) au Sud (Ho Chi Minh), je savais qu’un passage au Vietnam signifierait :
1 circulation dense
1 route en dos de buffle : bossue
1 crevaison
1 risque de pluie
Qu'à cela ne tienne! Je vais bien. J’ai certes le tympan gauche agressé par les klaxons réguliers mais de toute évidence je me suis habitué au volume sonore intempestif : je ne me sens donc nullement concerné ; question montée, descente, nid de poule : ma selle contient du gel et j’ai les mollets chauffés par le baume du tigre : pas de mauvaise surprise ; mes deux pneus sont intacts, aucun clou est venu se planter dans ma chambre à air ; la température est de 18° et je porte des vêtements adaptés : polaire, coupe-vent… Je suis le roi du monde sur mon Tigre Bleu !

Optimisme obligatoire
Je vais bien, tout va bien. Mais au final ce dimanche soir, je suis trempé jusqu’aux os, la température a dû chuter de 6 degrés, j’ai des frissons. Les 50 derniers kilomètres avant Vinh traversent un « début de Vosges » et les nuages semblent s’y reposer pour baver un peu sur les cyclistes. Le froid de ma Polaire imbibée d’eau collera à la poitrine si jamais je m’arrête. Il ne faut pas que je ralentisse. Je fonce, je me concentre. Une pluie m’accompagnera jusqu’à mon prochain hôtel. Une arrivée sous une pluie battante, dans un hôtel bien tenu, sacoches couvertes de boue, et du haut de mes chaussettes au bas de mon short cycliste ruisselle une boue noire : dans ce genre de périple, le bas de pantalon se fabrique en pédalant. Une douche chaude, les vêtements avec, un « menu » soupe et riz, une nuit profonde, et tout rentre dans l’ordre. A part cela, je rencontre des sourires que je n’avais pas vraiment trouvés l’an passé vu mon état fébrile, un accueil chaleureux m’attend à chacune de mes haltes. Ce périple prend-il des allures de revanche sur le précédent ? J’ai flâné dans les rues d’Hanoi, les jours maussades et de pluies intenses je m’arrête, je visite et repose mes pneus, cela en écrivant. Un pays se ressent différemment d’un voyage à l’autre et dévoile ses secrets. Tout est question d’humeur.

Modes d’emploi séchage
La pluie, encore et encore, me pousse à trouver des techniques pour repartir 
les lendemains, reposé, en habits frais et secs. Tout d’abord trouver une chambre d’hôtel équipée d’une climatisation avec propulsion d’air chaud. Ou au pire un ventilateur. Ensuite, bien regarder si non loin du lieu se trouve une cantine, un restaurant local. Enfin, l’eau de la douche chaude, c’est mieux. Un détail, je paye immédiatement et récupère mon passeport et le range aussitôt au même endroit. Cela m’est arrivé de repartir sans, par oubli des hôteliers. Voici quelques exemples de techniques de séchage utilisées… ça ne manque pas d’imagination.

Même par temps froid, garder son sang... froid
Vinh- Duong Hoi: 160 km.

Après le 120ème km, les nerfs commencent à se mêler des affaires mentales qui ne les regardent pas. Quoi qu’il en soit, il faut garder la tête froide et les laisser à leurs miasmes. Surtout si l’on ne veut pas perdre de temps, économiser son énergie et arriver avant la tombée de la nuit. Si je vous raconte cela, ce n’est pas pour le plaisir de philosopher… Aux philosophes je préfère les sages.

121ème km, pleine montée. Tout à coup je me vois rejoint par deux scooters, conduits par des adolescents à l’haleine pénible, frelatée. Ils sont quatre, avec les passagers, à me parler dans un anglais aussi bancal que leur esprit. Quelques secondes après, je suis pris en étau. Bien entendu, ma jambe s’apprête à partir sur le côté mais rien ne m’y pousse. Soudain, un coup résonne dans mon dos ; sur la guitare en bandoulière – la pauvrette, une casserole qui pourrait résister à un marteau vue son épais bois ! Je me fâche verbalement. L’excitation a gagné le coupable, assis sur l’arrière du siège ; je freine, sans poser pied. Le scooter s’arrête. Notre jeunot descend. C’est alors que… j’accélère, le laissant idiotement debout. « Gamins ! Si vous vous attendiez à une rixe, c’est loupé ». Mon jeune pantin a gueulé de toute son ivresse mais j’ai poursuivi ma route. Quant à la seconde équipée, elle s’est excusée du comportement de ses congénères : il faut bien que l’adolescence abreuvée de frustrations passe. J’avais l’envie de ne pas gâcher ma journée avec une aussi ridicule situation et d’arriver à l’hôtel sain, sec et sauf.

Récompense
161ème km. La nuit tombe, je ne parviendrai pas à Dong Hoi ce soir et je stoppe Tigre Bleu devant la première Gnah Gni* venue (*sorte d’hôtel très modeste à la vietnamienne). Je pose les sacoches. Les propriétaires m’accueillent comme un extra-terrestre ; une fillette s’approche avec un grand sourire et me demande gentiment – à l’aide de signes et de mots murmurés, si je peux jouer de la guitare. « Celle qui s’est faite agressée ? me suis-je dit, au moins, ça la lavera de son choc. Et je vais faire mieux, je vais en profiter pour tester mon solo visuel burlesque de 20 minutes ce soir même ».

Une douche, un repas. Les préparatifs dans ma loge... ma chambre éclairée au néon jaunâtre. Je m'apprête. Je descends le grand escalier pour gagner ma scène... Je pousse les deux énormes fauteuils, je repousse la table. J'installe mon public : la mémé, les deux petites filles (8 et 12 ans), les parents. De quoi vais-je me plaindre? C’est mieux que certaines soirées d’audition à Paris. Et j’ai fait du « spectacle d’hôtel ». Content car soulagé de « mon truc » qui peut-être un jour sera un spectacle officiel. Une répétition publique fait progresser rapidement, la concentration étant à son maximum. De plus, l’ambiance était chaleureuse et les rires spontanés, entre le chien de garde qui aboyait aux moindres sons de guitare et les clients qui débarquaient. Cependant rien qui ne vienne perturber l’attention de mon auditoire, J’ai joué le jeu, je me suis amusé et j’ai fait plaisir. Je me ferai un bilan en tête à tête avec moi-même – comme le chante le narcissique M - demain sur mon vélo… « Passage » est en bonne voie. Je sais que je vais agrémenter mon solo de gags visuels et sonores, de quelques nouveaux accessoires. Ce spectacle va s'enrichir surtout des rencontres, des conseils, des retours. L’essentiel avant qu'il ne soit au point, est que tout rentre dans la sacoche gauche de mon vélo. C’est pour cela aussi que je commets ce nouveau périple, entre découverte et plaisir des rencontres.

Cette nuit, pour ne pas entendre le ronronnement du ventilateur qui sèchera partiellement mes habits, je vous écris en écoutant ARNO, « Brussel » et pour m’endormir : « Les caprices d’un fleuve » de et avec B. Giraudeau, musique composée par Jean Marc Bini.

Dvorjak en Asie

Duong Hoi - Dong Ha...

Soleil voilé mais aucune goutte n’entrave ma route et le moral non trempé vaut toutes les potions énergétiques : je fends un vent tiède de 20°, moyenne de 33 kilomètres/h. Les premières montées se font au rythme de la symphonie du « Nouveau Monde » d’Anton Dvorjak*. Aujourd’hui, mon premier record sur cette portion d’autoroute : 180 km et 6 heures de selle. A force de passer le jet d’eau pour décrotter la chaîne, le dérailleur et les câbles, la graisse et l’huile manquent, et le Tigre ne feule plus : il couine. * Bien entendu l’orthographe exacte de ce compositeur est Dvorak, sans « J », mais le français ne comporte pas de lettre « A » surmontée d’un accent.
Je roule. De part et d’autres de mon guidon crasseux, le Viet Nam m’ouvre son grand livre vert et m’offre ses rizières clairsemées de chapeaux coniques, de charrues archaïques et de buffles paisibles ; avec son lot d’aigrettes blanches qui s’envolent au lointain. Le paysage est magnifique, je lui souris. Ma façon de le remercier pour ce rêve éveillé.

Je roule. Dong Ha, Hué, je laisse d’autres villes derrière moi. A travers un massif montagneux, la route rejoint la mer : je file sous un temps clément, léger vent de face. 130 km avec une mise en cote sur quelques kilomètres puis deux autres plus hardues de 7% où je m’efforce de ne pas relâcher la vitesse. Les genoux chauffent, bientôt la fatigue me gagne : il est 18h. Une dernière halte s’impose avant la tombée de la nuit, le village s'appelle Lang Co; et cet hôtel fera l’affaire. Demain dès l’aube, j’expédie ces 75 km qui me séparent de la Dame d’Hoi An.

1178 km en 8 jours... Prochain Carnet : Hoi An - Passage au cabaret.

Ci-dessous, en mise en bouche: la video réalisée pour annoncer le spectacle à Hoi An...

videoJe pense à vous,

dimanche 29 avril 2012

Un autre Viet Nam

Spéciale dédicace de ce carnet2 à Laëtitia "Vendest" qui enseigne au Luxembourg. Au plaisir de rencontrer les élèves de sa classe pour une discussion.

Bonjour à tous, voici un Carnet-Blog relatant les aventures de "Tigre Bleu", un vélo qui a la chance et de voyager en Asie et de faire partie d'un spectacle visuel burlesque. Bonne lecture et à bientôt.

PS: Et pour vous, lecteurs pressés, vous trouverez en fin de Blog une video qui résume cette seconde étape.
Départ de Hanoi le 27 février (voir carnet précédent) 1100 km
Le 3 février. Lang-Co/Da Nang/ Hoi An: 75 km

Comment est le Viet Nam en 2012?
C'est très simple en bus de tourisme ou avec une agence. C'est tout de même mieux en restant autonome. Vous prenez par exemple un vélo VTT avec porte-bagages, deux sacoches (inutile de vous trimballer des gourdes - l'eau se réchauffe vite, ici. Une bouteille d'eau achetée sur place suffit); vous mettez l'engin dans la soute de l'avion en direction d'Hanoi ; une fois atterri, vous pédalez 1000 km vers le sud, vous pédalez comme un fou qui s'enfuirait loin de sa prison; vous vous arrêté au premier coin de sourire ensoleillé, et il y a de forte chance que vous ayez trouvé bon nombre de réponses sur "Comment est le Viet Nam en 2012". Au-dessus de vous, si vous apercevez une lune claire et ronde comme un gateau "Ban Tèt", posez alors le pied, descendez de votre monture et observez, écoutez, savourez. Oubliez-vous l'instant d'une seconde, laissez votre imaginaire vous conduire au-delà de ce que vous voyez. Enfoncez-vous dans les campagnes, perdez-vous et ne demandez surtout pas votre chemin.
De quoi est fait le Viet Nam? Le Viet Nam est fait de riz, de jeux de mots, de musique, d'eau, de sourires et de prières; sous des chapeaux chinois ou des casquettes citadines, des visages masqués au regard hospitalier saluent votre passage cycliste.
Où se situe le Viet Nam? C'est à vous de le situer. Sachez que vous êtes au pays d'entre les vivants qui errent et les esprits qui veillent, que vous devenez facilement l'invité d'une modeste famille qui vous offre le thé - un thé au goût encore marqué par la feuille séchée infusée. Vous vous situez au centre du quotidien vietnamien, entre les génies de la terre et ceux du ciel, entre l'apparence et l'imperceptible. Entre le Karaoké du coin et la Cérémonie du quartier. Ici bas, on vénère à la fois le Dieu Micro dans lequel on braille et on explose les oreilles des voisins devant un mur d'enceintes, et Bouddha que l'on encense en discrétion. Le Viet Nam n'est pas un pays du Juste Milieu, c'est juste un pays sans limites. Un pays qui sans cesse déborde de notre réalité: si le Mékong le traverse, ce n'est pas sans raison!
... Bienvenue à tous pour ce carnet 2, entre Viet Nam et Laos.
3 février, 5h30 am. Lang Co.
La pause hôtel à Lang Co m'a permis d'acheter plusieurs flacons de baume du tigre liquide, très efficace pour vous chauffer les muscles. On utilise le Baume du Tigre pour les massages, pour les maux de tête, les problèmes respiratoires, les douleurs musculaires et aussi, par son odeur forte, à chasser les moustiques. Car les moustiques, c'est bien connu, détestent les massages.
Après un déjeuner complet: soupe de volaille servie avec les pât(t)es (de canard?), un café local, me voici en train d'arpenter la cote de la Montagne-de-pluie. Un joli col dès 7h à dépasser. La température est douce, tropicale et la montée de 10% sera étalée sur une douzaine de kilomètre sans poser le pied. La cote est raide et la route sinueuse m'emmène jusque dans les nuages. Dernier coup de pédale avant d'atteindre le sommet. Je reconnais cette route pour l'avoir déjà empruntée il y a un an, malade et frigorifié. Cette fois-ci, je suis trempé de transpiration mais aucun signe de fébrilité, aucune baisse de régime: chaque coup de pied donné diminue la distance qui me sépare de Hoi An, et penser cela me réconforte.
Descente en grenouille
La descente sera un régal, évidemment. Mais je savoure le paysage d'en haut: cascades et plantes grasses d'un vert tantôt clair tantôt sombre. Dans le brouillard, j'arrive à une station où se sont installés quelques vendeurs de "souvenirs", des baraques de restauration rapide. Je m'arrête, le temps de me désaltérer et de prendre un café. La descente se prépare. J'installe ma caméra sur mon guidon. Attention : j'entame la descente vers Da Nang, je ne ralentirai plus ma course. Les vitesses s'enclanchent: premier plateau, second, troisième, je dois être parfois à 45 km/h. Plus? En tout cas, mon Tigre prend de la vitesse, le guidon tremble de frénésie, j'ai le cou penché en avant, les cheveux plaqués par un vent frais, les freins ne serviront plus avant un certain temps. Sur la route lisse, les pneux chauffés émettent un ronronnement au contact du bitume, un son de gomme rond et rassurant. Je prends la position de grenouille recroquevillée, je me donne l'impression de ne faire qu'un avec mon fauve bleu. Je file droit. Au virage suivant, la mer se dessine sous mes yeux. Encore une quarantaine de kilomètres et je serai à Hoi An.
Les retrouvailles
15h - Hoi An. J'ai les pieds nus plantés au milieu d'un gazon et je contemple une rizière. Allégé de mes bagages, Tigre Bleu s'est endormi. Je suis arrivé à Hoi An, à l'Ami Galerie à 13h07. Ma première étape s'achève. Ce soir je dînerai à la table de Jean et de Hoa. Me voici enfin arrivé, les rêves depuis la place Stanislas, à Nancy, s'accomplissent et se terminent devant cette rizière verte, décor immuable, caressée par la douceur du vent. Après une année d'attente et d'échange mél, je photographie de nouveau la table du peintre et de la cuisinière. Je rencontre leur fille Xiu (sur la photo: Hoa, Xiu et Jean) qui étudie au Pays Bas, parle anglais, français.
Des nouvelles de Lucie et des lutins Verpeutons?

Lucie in Ansbach with diamonds. L'an passé, au cours d'une soirée organisée par Jean Cabane, mon ami Nîmois, j'avais joué mon conte devant un public francophone. Xiu, la fille de Hoa, avait traduit le texte de "Lucie Verpeuton" en vietnamien. A ce sujet, ce conte va être mis en scène par Dominique Lambert et son acolyte Christian, à Anglet. Autre nouvelle, il semblerait que "Lucie" va connaître une version théâtrale allemande, et le conte théâtral serait donné à Ansbach. L'ombre d'un ami d'enfance plane... les quatre Lutins Verpeutons vont-ils être à la "hauteur" dans le pays des frères Grimm? N'est-ce simplement qu'une perspective, cela me touche et me réjouit. Mais qu'importe. Je suis ici, la guitare en bandoulière qui me protège le dos des agresseurs en scooter, libre sur mon Tigre Bleu, et je continue à m'inventer des histoires, des mélodies, des chansons.

Ah, c'est bien beau de vivre de vélo et de pluie fraîche, mais il faut aussi penser à se nourir de cuisine Vietnamienne... Passons à la suite et vite!

Hoi An, chez Jean et Hoa. Chapitre des REPAS.
Ci-dessous: Tao, de la famille d'Hoa, prête main forte à la cuisine et se joint à la joyeuse tablée.

Repas, repas et... repas.


Commence la partie la plus difficile de mon périple : résister aux délicieux plats pour ne pas ressembler à un cycliste rondouillard! Mais pour l'heure, je me lâche. (Photo de Hoa, fière et avec raison, de sa dernière recette: le poisson cuit dans une courgette ou bien le crabe accompagné d'une sauce légèrement sucrée?Je ne sais plus mais j'en ai repris deux fois!)

Une cuisine gastronomique vietnamienne, des discussions joyeuses, des jeux, bref! le plaisir de se retrouver plus émoustillant que la bière locale.
A travers les yeux du peintre
Si je redécouvre ce pays et précisément la ville de Hoi An, c'est en grande partie grâce à Jean et Hoa, son épouse. Durant mon séjour de dix jours, tous deux me feront rencontrer leur famille, leurs amis, leurs voisins. Certes, un vélo sur petit plateau mais pour des promenades inoubliables à travers les jardins potagers, en empruntant les petits chemins au milieu des bassins de crevettes. Pour rejoindre la mer. Pour visiter le village des pêcheurs, les vélos seront posés sur le bateau qui fait la navette entre le quai d'Hoi An et l'île juste en face. Mes yeux se noient dans la profondeur du paysage, je ne le peins pas comme pourrait le faire Jean, tranquillement installé avec ses carnets, ses crayons; je me contente de prendre des notes, je photographie, je filme. L'an passé, j'avais écrit une pièce pour le jeune public, 'Le monde insensé de Léon Bracadabrok", dont le personnage féminin principale s'appelle Mademoiselle d'Hoi An et la pièce a été interprétée par une floppée de Grands comédiens. petit clin d'oeil aux enfants de Baroja et à Madame la metteur en scène.

A deux reprises, leur accueil chaleureux m'aura permis de me poser et d'accomplir un voyage avec sérénité. Je ne les remercierai jamais assez. N'hésitez pas à visiter la cabane de Jean le peintre, via le Net: Son site :http://jean-cabane.com/cabane/http://expo.artactif.com/cabane/
Son blog : http://enpassantlepont.blogspot.com/

Coup de pub, coup de coeur de Tigre Bleu pour une très bonne initiative : faites du vélo dans Hoi An et faites profiter des étudiants de votre anglais... avec l'accent français.

"Hoi An Free Tour", une agence touristique dynamique, propose des tours à vélo, guidés par des étudiants dont l'objectif est d'améliorer leur anglais.

C'est détendu, intéressant et de plus, vous participez à une chouette initiative. Alors prenez vos mollets à deux mains, contournez les Mastondontes'tours Opérator et visitez Hoi An et le village des pêcheurs... à vélo de ville (ou bien avec le vôtre). De plus, Mademoiselle Phong, la charmante responsable vous accueille avec un très grand sourire et répondra à vos questions aussi bien en anglais qu'en français.

Ci-dessus, en compagnie de la jolie responsable Demoiselle Phong d'Hoi An, que je remercie encore pour son accueil chaleureux.

Pour la contacter:
dangkphong@hoianfreetour.com
Info supp. Add: 2/6 Le Loi St. Hoi An - Tel: +84 979 58 77 44
http://www.yourlocalbooking.com/

Privilèges
Il n'existe pas de voyage parfait sans avoir la sensation d'avoir vécu quelquechose d'unique, d'exceptionnel: Mardi soir dernier, j'ai eu le petit privilège d'être convié à une cérémonie annuelle; celle de la première Lune après le Têt, vouée aux génies de la terre et du ciel. Elle concerne tout un quartier. La plupart des participants se déplacent et - de la même manière qu'une association en France, chacun y donne du sien : pour la préparation du repas (que seules les femmes sont autorisées de faire), pour l'acte cérémonial (où seuls les hommes sont représentés). Cette fête sacrée rassemble un large pannel de la société qui se côtoie aisément : du menuisier au traducteur ou fonctionnaire, de la semeuse de riz à la cuisinière. Chacun fait un don pour cette "association" qui permettra au quartier d'organiser des événements.
Cérémonie: Première!
Imaginez un temple éclairé par quelques néons criards et surtout des bougies qui apaisent et apportent ce côté mystérieux et intime d'une cérémonie. Revêtus de leurs habits traditionnels, les prêtres, anciens et rôdés ou bien jeunes et malhabiles Les offrandes quittent le temple pour être déposées plus bas, sur un autel couvert d'une nappe et de portes bougies. L'encens se consume tandis que prières et chants orchestrés se succèdent sans interruption. sollicitent les dieux pour que l'année nouvelle soit excellente pour le Travail. Interdites par le régime socialiste de l'Oncle Ho, les autorités ont peu à peu compris que ces rites faisaient partie de la vie vietnamienne. Et les Viet Namiens que j'ai croisés ce soir là et le lendemain en sont fiers.

Cérémonie: Deuxième!
Le lendemain midi, seconde partie et repas festif, à grand renfort de micro. De synthé aux sons Bontampi, ça trinque à chaque table toutes les deux minutes. On nous fait l'honneur, à Jean et moi, de nous assoir à la table des VIP (photo ci-dessous), les présentations avaient été faites la veille. Et il a été convenu d'un commun accord, et avec plaisir, de venir présenter mon spectacle. "Devant un temple? Faire le fanfaron et me désapper? Ce n'est pas un sacrilège?" "Non" me rassurera Jean. De toute manière, il est trop tard pour se poser des questions car je me suis engagé. Et ce sera également le moyen de tester à nouveau ce "Truc" visuel et musical... Je sais que tout va s'enchaîner: la semaine prochaine, choix des chansons et répétitions avec le guitariste Binh. Vendredi 10 et samedi 11, spectacles officiels. Avec le soutien de Lavifil. Mes pensées à toute l'équipe. (ci-dessous, à droite, photo de Binh, avec son amie, en répétition)

Prochain Carnet,
"D'un Passage à l'autre".
Les spectacles, rencontre avec Denis Guigon, auteur et responsable d'un Cabaret à Hoi An, puis le départ pour le Laos.
Je pense à vous, Pyerrot. (Ci-dessous la video. Extrait musical "Every Day" Hefner, Album "Asia Lounge")

video

samedi 28 avril 2012

Carnet 3 - D'un Passage à l'autre

Pour vous mettre en appétit, quelques spécialités vietnamiennes, à déguster avec les doigts ou les baguettes :
Chao : soupe de riz Chao Bi Chao Bo ou Chao Ga
Cao Lau : (Spécialité de Hoi An) Pâtes, sauce, légumes et viande de porc
Banh Xeo : galette à base de farine de maïs et de riz, cuit comme un crêpe, germes de soja, crevette, viande de porc

Recettes d’Hoa :
www.bencau (à côté du pont)
Les spectacles et concerts
Denis Guigon* et Jean Cabane m’ont permis de réaliser à bien cette étape essentielle de mon voyage artistique : jouer à plusieurs reprises devant un public majoritairement vietnamien, venu en famille. Deux soirées où j’ai jeté en pâture mon personnage noir et blanc, un jeu décalé, des chansons saupoudrées de français et nappées de borborygmes. Bien entendu, j’en ai gardé des traces filmées, enregistrées, pour « retravailler le travail ».

D’un Passage à l’autre
Deux spectacles différents ont été donnés à Hoi An.
Mon solo « PasSage » s’est très vite transformé en duo visuel et musical de style music hall, grâce au talentueux guitariste Binh. Il compose, il interprète. L’an passé, pour Lucie Verpeuton, nous nous sommes rencontrés et avions tous deux répété et joué. Une complicité de scène s’était alors très vite mise en place. A l’occasion de ce nouveau spectacle, Binh m’a proposé quelques-unes de ses compositions qui sont allées de pair avec mon jeu.

« Chansons de voyage » La seconde partie comprenait les textes et musiques pour la plupart écrits sur mon vélo, sans papier ni crayons ; forcément : comment voulez-vous que je tienne le guidon ! Ecrites entre Cambodge et Vietnam, je les ai donc chantées et Binh à la guitare, a été parfait. « Ce musicien-là, c’est d’la balle ! » Il bosse rapidement et invente, qualités essentielles puisque notre langage commun lors des répétitions et durant la prestation aura été l’oreille et le son. En effet, je n’écris pas la musique : je la siffle ou la fredonne, la joue au piano, l’interprète à la guitare. J’ai donc trouvé un Alter Ego, de surcroît un très bon partenaire de jeu.

Concluons ce Tour: closons, closons. Et voilà! J’ai joué et chanté au Vietnam. N'est-ce pas classe? Mais si, Môssieu-Dâme. C'est la classe et je n'ai pas à rougir de ce que j'y ai présenté, c'était une Première Honnête. J’ai surtout été accueilli dans des conditions agréables. Un festival « Passage » à ébaucher l’année prochaine ? Avec par exemple « Train Des Gens », avec Julia en duo visuel burlesque ? A réfléchir mais le travail a déjà été entamé et l’aventure est tentante. La Compagnie Lavifil va-t-elle connaître un nouveau tournant, en plus de son plaisir à taquiner le Conte ? Un rêve supplémentaire, et un de plus.

AVIS aux lecteurs : les soutiens amicaux, culturels et financiers pour développer ce projet artistique seront alors les bienvenus.
Remerciements incontournables
Aussi antinomique que cela vous paraisse, mon voyage en solitaire n’existe et ne se construit qu’à travers les rencontres.

Thank you, Binh, for your patience and your talent, Friendly.
Merci à l’ami Figaro pour m’avoir appris quelques tours de passe-passe très vite assimilés et intégrés dans le spectacle… Efficaces ! et avec plus de représentations à l’avenir, plus précis encore. Merci à Domi pour son coup d'oeil metteur en scènique, à Jérôme et CedriX pour le prêt de la salle à Baroja. Merci à Denis Guigon, son hospitalité, nos discussions théâtrales, ses frites maison et son cabaret. Merci à Jean, Hoa et l’équipe de l’Ami Galerie. Merci à Adèle pour avoir filmé les prestations, un très bon outil de travail, la video.

A très bientôt, pour le prochain carnet N°4. « Laos... sur la montagne »Départ de Hoi An, traversée du Laos. Un Tigre bleu en forme qui file droit sur des routes à 30 km/h.

*Denis Guigon dit Denis O’Hara dit encore "OD" est né en 1957. Jusqu’en 1984, il se consacre «aux voyages d’études» parcourant la planète du Japon à l’Afrique du Sud en passant par l’Indonésie, le Vietnam… Il s’est ensuite tourné vers le théâtre, d’abord comme comédien puis auteur et metteur en scène. Il a dirigé des ateliers d’écriture durant plusieurs années. Ses pièces ont été montées en France, en Belgique, en Suisse et au Vietnam.
Et maintenant, la séance commence !Les commentaires seraient longs pour un Blog, autant vous présenter ces deux soirées chaleureuses en photos.

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NB: Vous souhaitez me laisser des messages, écrivez-les simplement sur "Commentaire". Je les reçois directement sur ma boîte mél.google.blog.spot.com. Je vous remercie d'avance pour vos encouragements qui me sont régulièrement d'un soutien précieux. Je pense à vous, Pyerrot.

vendredi 27 avril 2012

Carnet N°4 - Laos... sur la montagne

Mon envie? Que ce Blog soit accessible à quiconque s'intéresse au voyage en solitaire.Un Carnet de voyage conçu avec le plaisir de l'écriture et celui de partager avec vous une aventure entre l'Asie et la Lorraine... Bonne lecture à vous.
Pyerrot.


PS: Et comme d'habitude, une video en fin de Carnet pour un résumé en images...

Je dédicace ce Carnet à Jean, Hoâ, Xiu et Denis qui m'ont ouvert grand leur porte sans préjugés... qualité rare.

Des kilomètres de musiques et de chansons...
14 février : Hoi An- Prao, 135 km (Sati, Arno)
15 février: Prao-A luoi, 115 km (Asia Loundge, Chopin)
16 février: A Luoi – Khe Sanh, 120 km (Manu Chao, Boris Vian)
17 février: Khe Sanh – Laos : 18 Km (Keith Jarrett, AC/DC) - Direction Savannaketh...



Depuis Hoi An pour le LaosJean qui doit se rendre à Hué m’accompagne une partie sur les 370 km qui me séparent du Laos. Lui, en scooter, carnet de croquis à portée de main, moi sur mon Tigre Bleu rougi par la poussière des pistes en travaux. Pendant que Monsieur le peintre roule sur son scooter de villages en points de chute, qu’il s’arrête devant un ananas frais, qu’il fait le portrait d’habitants « Kathu », je pédale sur la célèbre voie Ho Chi Minh sous 28 ° minimum. La première grimpette à 9,99% va durer presque 2h00, une éternité. Elle sera suivie d’une longue descente rafraîchissante pour repartir aussitôt à la verticale : 9,99%. 70 km de faux plats précédents les 70 km de vagues de 10%. Cette route historique est peu fréquentée. Donc, pas de gargotes, pas de boissons… La fatigue me rattrape. Les côtes s’enchaînent, je suis vidé mais je ne pose pas le pied fatal qui stopperait mon élan. J’ai largement sous-estimé le terrain et ses longues distances montagneuses en plein cagnard.

Scotché sur la route Ho Chi Minh
16h30, la fatigue s’invite cette fois lourdement sur mon porte-bagages, je cède. Je m’arrête, descends de mon vélo, m’assieds sur une rambarde métallique. Commence alors un véritable cauchemar les yeux ouverts : l’oreille gauche s’est bouchée quelques minutes auparavant ; je veux me relever mais je reste scotché à la rambarde, les fesses collées : je suis dans l’incapacité de me mettre debout. Pris de nausée et de tiraillements, je me penche et vomis tout mon ananas, ça ne me soulage pas, au contraire, ça m’affaiblit davantage. Une nouvelle tentative pour me lever : ma jambe gauche ne répond plus, je manque de tomber. J’essaie de m’agripper au vélo, et constate à présent que le bras complet ne m’obéit plus, les mains restent muettes aux appels du cerveau, la télécommande est en panne ? Un problème d’altitude ? Il faut partir de cet endroit, redescendre, trouver un téléphone pour prévenir Jean de mon malaise. Mes yeux observent la scène jusque dans le moindre détail, la scène est simple : c’est l’histoire d’un corps qui ne répond plus. Mon estomac compressé se vide encore, je suis un pantin désarticulé au milieu d’une montagne sans passage. Des bruits dans les feuillages. Je me concentre et tente d’enfourcher mon vélo. Je saisis le guidon et m’éloigne de la rambarde pour atteindre la route. Tout tombe en claquant violemment sur le bitume tandis que, entraîné par la chute du cadre, je roule vers le bas côté, la guitare m’amortit…

Manque un Truc
Manque un truc. « Manque d’eau ? Manque de sucre ? Manque de quelque chose, c'est sûr. J'étais si bien à Hoi An, et sa douceur de vivre, les yeux et les sourires d'une demoiselle. J'ai bien fait de ne pas partir hier, nom d'un chien: c'était le 13. Qu'est-ce que ç'aurait été !»
Hors de question de m’arrêter ici dans cet état d’ivresse consciente. Je me redresse sur les genoux, eux tiennent encore, je relève le vélo d’une main et parviens à jeter cette foutue jambe gauche inerte à moitié pantelante par-dessus la barre centrale. A l’aide du pied droit je me hisse sur la selle, tant pis si la sangle de la guitare a glissé de mon épaule, tant pis si l’instrument pendouille en travers de mon dos. Il me faut trouver l’énergie suffisante pour gagner le bas de cette cote. Descendre de ce foutu col.
Je pédale et je pantèle
Après 10 bonnes minutes de laisser-aller, je freine, tente de poser le pied droit. Une crampe me paralyse la jambe, c'est donc un manque d'eau, j'ai vidé mes bouteilles et rien sur la route. Je me « vautre » lamentablement sur le côté gauche. Mon oreille se débouche à peine, je suis pris de tremblements, j’ai froid, à deux reprises, j’ai failli tourner de l’oeil, c'est le manque de sucre. Hypoglycémie*... la réponse est là. Je suis une andouille ramollie, un pantin qui pédale mal sur un tigre imperturbable. Mon objectif est de stopper le prochain véhicule. Je me secoue: « Tiens bon ! ». Je m’adosse contre le muret, près d’une cascade, j’attends qu’un moteur nous embarque et nous tire de là, mon Tigre et moi.
*Dans l’organisme, le taux de sucre dans le sang, ou glycémie, est un paramètre régulé en permanence. Schématiquement, cette quantité est contrôlée par deux hormones : l’insuline et le glucagon. Lorsque nous venons de manger : le sucre des aliments passe dans le sang. La glycémie augmente. Le pancréas sécrète alors de l’insuline, hormone qui va provoquer le passage de l’excès de sucre dans les cellules, du foie notamment où il sera stocké sous forme de glycogène. Inversement, lorsque le repas est loin, nos muscles puisent du sucre dans le sang. Si ce taux devient trop bas, le pancréas secrète du glucagon, qui entraîne la libération de glucose du foie vers le sang... Merci Docteur.

Action, moteur!
A défaut d'action, le moteur résonnera dans la vallée. Je l'entends de loin résonner contre les murs végétaux; je me prépare et fais un signe de la seule main capable de bouger : le conducteur de la fourgonnette klaxonne, me sourit et poursuit son chemin. Un second véhicule arrive : je fais des signes à grand renfort de casquette… des sourires et des saluts de la main. "C’est vrai, au Viet Nam, le langage des mains diffèrent". Un troisième moteur… je ferme la main et les doigts s’ouvrent et se referment vers le bas pour demander de venir… (Le même geste avec la main dans l'autre sens, comme chez nous pour demander de s'approcher, a une signification sexuelle "Viens ma chérie que je... t'aime et un peu plus"
Je m'exprime en essayant de rester digne et droit comme un piquet: « Prao » On m’accepte sans soucis à grimper dans le véhicule : les 20 kilomètres suivants se feront an 4x4, Tigre Bleu sur le toit.

2=20, c'est le calcul vietnamienMais nous savons tous que l'effet "Boule de neige" existe, même au Viet Nam. Car la mésaventure n’est pas tencore terminée. Déposé par mes sauveurs, près d’un hôtel, je ne suis toujours pas à Prao où j’ai donné rendez-vous à Jean. Ma jambe est reposée, le temps du malaise a laissé place à l’envie d’en terminer avec cette putain de route. La nuit va tomber dans une quinzaine de minutes, je demande à l’hôtelier : « Prao ? » (Nom de la ville) Son index et son majeur se tendent : « 2 », me fait-il en vietnamien. Je prends le risque, j’allume ma lampe frontale et je roule. 10 minutes passent, puis 20 minutes et bientôt 40 minutes. Roulerai-je si lentement que ça ? Ai-je loupé la ville, à cause de la nuit ? Je m’approche de deux piétons :

« Prao ? » L'un d'eux lève l’index et me répond en anglais « Ten ». Bon sang mais c’est bien sûr : les Viet Namiens comptent en dizaine, ça en dit long, ça en dit Zen!

"Tigre bleu, ça va?" La bête féraille et ne me répond pas... Je reprends la course, le dos transpirant, au bout « largement dépassé » de mes forces. Mes yeux se fient aux traits blancs centraux de la route, que les pleins phares des véhicules venant de face me font perdre. Un phare plus puissant qu’un autre m’aveugle, je me concentre et vise le blanc : cette fois c’est une ligne de bornes et c’est le choc. J’explose la pédale gauche, je roule dans le fossé, le genou amoché mais la tête protégée entre mes coudes et le dos intact : pour la seconde fois, ma guitare m’avait sauvé. Je suis resté allongé, le temps de souffler, de regarder les étoiles.

J’arriverai en pédalant de travers à l’hôtel : l’ami peintre s’était inquiété, avait fait demi-tour, m’avait cherché. En vain. Cela m'apprendra à prévoir davantage, mais l'aventure commence souvent par ce qui vous échappe. Désolé Jean de t'avoir fait du mauvais-sang. Mais je te rassure: à part le genou ankylosé, la bonne humeur aidant, tout s’est remis en ordre après une douche, une bière fraîche et un repas chaud. C'était le soir de la Saint Valentin... Vive l'amour!Et pour terminer, une p'tite chanson :

"Mais pourquoi faire ?" (chantée en public pour la première fois à Hoi An)
J’en ai ras la coupe
J’m’éparpille trop sur les routes
J’m’emprisonne et je doute
Je sens qu’il faut que j’me regroupe !

Alsace Lorraine, un café crème,
Paris Phnom Penh, j’arrive, je t’aime
Demain Dublin, hier Strasbourg
Lille ou Madrid, c’est loin l’amour…

Au Viet Nam je me fais la belle
Pour visiter la Tour Eiffel
Stockholm, je dors dans les sous bois
Je vois des Elfes Suédois !
Mais qu’est-ce que j’bois ?

Les pieds dans un lagon
Sensation, c’est trop bon
Ce bleu paradisiaque
Pour le rythme cardiaque

A force de partir
Je ne peux plus revenir ?
Poser les pieds sur terre,
Rester mais pourquoi faire ?


Pont-à-Mousson, ponds ta chanson
Pont d’Avignon, Pompe à Pognon
Temples d’Angkor, folie d’Angkar
Paris Dakkar, Paris Toquards

Le Grand Meaulnes, « 14-18 »
Verdun Anglet, je prends la fuite.
Je préfère à la saison sèche
Goûter un thé à Marrakech

Le cœur dans la rizière
Quand le bleu devient vert
Sensation d’un meilleur
Je me sens autre ailleurs

A force de partir
Je n'peux plus revenir
Poser les pieds sur terre,
Rester mais pourquoi faire ?


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Pour la Suite des Carnets 5, 6 + Epilogue:
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(J'ai remis le Blog dans l'ordre chronologique de la lecture)